Hommage et reconnaissance aux Français Libres et aux Résistants de l'Intérieur de la Manche

I. Histoire sommaire de l’organisation de la Résistance dans le département de la Manche et notamment dans le Pays de Saint-Lô

Au titre de la Résistance extérieure au territoire métropolitain :

          Cette histoire voit le jour dès le mois de juin 1940, avec le départ vers l’Angleterre des volontaires pour la France libre du Général de Gaulle.

27 jeunes du Pays de Saint-Lô dont 17 de Saint-Lô même se sont rassemblés sous la bannière à Croix de Lorraine :

  • 15 se sont engagés dans les forces terrestres ou les services communs,
  • 10 offrirent leurs services dans les forces navales,
  • 2 ont rejoint les forces aériennes.

Dès l’Appel du Général de Gaulle du 18 juin 1940, André GEROULT, Lucien JOIGNE, André LOMINE et Jacques VILLEMER quittent Saint-Lô, à bicyclette, pour tenter de s’embarquer à Granville et atteindre Jersey. Ils vont réussir leur évasion le 28 juin à bord de « La Mouette » pilotée par le pêcheur granvillais Jules LEPRINCE.

Sergent au 22ème Bataillon mixte nord-africain de la 1ère Division française libre, Jacques VILLEMER est tué, le 13 mai 1944, à l’entrée du Pont de bateaux lancé sur le Garigliano, en Italie, par l’explosion d’une mine.

Quant à Joseph PERRON, originaire de MONTABOT, il connut aussi un destin tragique, en novembre 1940, à bord du patrouilleur « POULMIC», qui coula corps et biens en rade de PLYMOUTH, victime d’une mine acoustique.

 Au titre de la Résistance intérieure :

      Afin de répondre à la menace allemande d’un débarquement sur les côtes anglaises, dès le mois de juillet 1940, Sir Winston Churchill, Premier ministre britannique, ordonna à ses services de créer des réseaux de renseignement sur les côtes françaises.

      Dans ce but, le capitaine Maurice DUCLOS, de la France Libre, fut déposé, en août 1940, sur la côte normande pour fonder le réseau St Jacques. Installé à Paris, il prit comme adjoint, pour l’ouest de la France, le commandant VERINES, de la garde républicaine, qui recruta Jacques BERTIN de la HAUTIÈRE pour organiser une branche de ce réseau dans la Manche. A la suite d’une série d’arrestations, en octobre 1941, qui démantèle partiellement le réseau, l’entreprise échoue.

      Isolé, sans contact avec la France Libre jusqu’au 5 mars 1942, Jacques Bertin de la HAUTIÈRE rétablit les liaisons en intégrant, avec ses agents, l’Organisation civile et militaire, dirigée depuis Paris, par le Colonel TOUNY, qui lui demande de développer son réseau de renseignement « CENTURIE » sur l’ensemble du département de la Manche.

     Très proche de l’antenne parisienne des services secrets de la France libre qui a mis en place 2 « centrales de renseignements », baptisées Coligny et Prométhée et chargées du transfert des courriers vers l’Angleterre, il ordonne à Jacques Bertin de la HAUTIÈRE de se mettre à la disposition de l’état-major régional du réseau venant de se constituer à Caen selon l’organisation suivante :

Jacques Bertin de la HAUTIÈRE installe son poste de commandement au château de GARNETOT sur la commune de Rauville-la-Place et, compte tenu de l’importance de sa charge sur un département s’étirant du nord au sud sur près de 100 kms, décide de s’entourer de deux adjoints :

            – le commandant Louis VILLIERS-MORIAMÉ, ancien officier d’active, ayant pour mission de développer les secteurs du centre et du sud de la Manche tout en étant chef du secteur du « Pays de Saint-Lô » ;

            – Yves GRESSELIN, épicier en gros, recevant la mission de coordonner les activités des quatre secteurs du réseau Centurie implantés sur la presqu’île du Cotentin.                               

      Tout en recrutant largement, notamment chez les cadres, il eut la lourde tâche de former, avec le soutien des 1er et 2ème bureaux de l’état-major régional, ses chefs de secteurs et chefs de groupes à connaître l’armée ennemie dans toutes ses composantes et ses menaces à savoir :

  • son organisation par arme et service avec son armement,
  • son implantation, ses activités et, régulièrement, l’état de son moral,
  • ses mouvements,
  • ses réalisations d’ouvrages de défense, notamment sur les côtes….

      Par ailleurs, afin de répondre aux demandes particulières du commandement allié, et notamment pour localiser avec précision des cibles potentielles, malgré les risques encourus, Jacques BERTIN de la HAUTIÈRE dut former ses agents à l’usage des cartes d’état-major. Ne disposant pas de ce type de document, rigoureusement interdit, il fit appel au patriotisme de la Maison BLONDEL la ROUGERY, rue St Lazare à Paris, pour les faire rééditer et acheminer clandestinement vers Caen au profit du service cartographique de l’état-major distribuant les cartes au fur et à mesure des besoins sur le terrain.

      Dès le printemps de 1942, par un accord d’étroite collaboration entre les mouvements Libération-Nord et l’OCM, le réseau CENTURIE se renforce notablement. Cette montée en puissance sera achevée à l’automne par le ralliement des petits groupes ou réseaux antérieurement en place sur le département mais trop faibles ou décimés par la Gestapo. C’est en particulier le cas pour les réseaux Gallia, Hector, Marine-F2, Famille-interallié, Confrérie-Notre-Dame, et Ceux-de-la-Libération. Seul le groupe MARLAND, rattaché à l’Intelligence-Service britannique garde sa liberté.

      De son côté, le Front National, contraint par sa direction de développer l’action armée contre l’occupant, ne tenant pas compte des directives de la France libre voulant éviter les représailles contre la population, procède notamment, le 30 mars 1943, à l’incendie de l’école primaire supérieure de Saint-Lô avec pour objectif la destruction de la batterie de DCA s’y trouvant. Le FN, principale victime de la répression allemande, se développe principalement dans le Sud-Manche bocager où il coordonne ses actions avec les organisations voisines.

      Le corporatisme, l’esprit de corps ou tout simplement la solidarité nécessaire en temps de guerre et la camaraderie s’appuyant sur un incontestable patriotisme amèneront les divers mouvements et réseaux de la résistance manchoise à coopérer étroitement à partir de 1943, à l’instar des cheminots et des postiers.

II. La collecte, le tri et l’acheminement du courrier pour CAEN, PARIS et l’Angleterre

 La collecte et l’acheminement du renseignement vers l’Angleterre, via Caen et Paris, sans interruption, même temporairement, pendant près de quatre ans, est une des réussites majeures des organisations de résistance implantées dans le département de la Manche.

      Collectés dans des boites à lettres surveillées et protégées par des signaux pouvant indiquer un danger immédiat ou proche, les renseignements doivent parvenir sans tarder au Bureau central de renseignement et d’action de la France libre à Londres, soit par l’intermédiaire de son antenne en région parisienne, soit directement par pigeons voyageurs ou émissions radio.

      Les courriers dirigés vers Paris portent la grande majorité des renseignements. Acheminés par des agents de liaison empruntant la voie Ferrée entre Cherbourg et Caen et entre Coutances et Caen, ils doivent être remis à l’état-major régional du réseau qui se charge de les diriger vers leur destinataire final.

      Dans l’urgence, le renseignement peut être envoyé directement au BCRA par pigeon voyageur ou émission radio. Jean PICOT, exploitant agricole à Neuilly-la-Forêt est le colombophile du réseau « CENTURIE » départemental. Régulièrement, il reçoit des pigeons par parachutage de nuit qu’il soigne et cache dans un colombier clandestin. Dès qu’il peut leur confier un message à destination du commandement allié, ils sont relâchés, au lever du soleil, pour regagner l’Angleterre. Charles COMESSE, opérateur-radio, sous le nom de code « Harmonium », est au service du réseau « CENTURIE » depuis le début de 1943. Directement subordonné au chef départemental ou à son adjoint il a, notamment, transmis d’importantes informations sur les concentrations et mouvements de troupes ennemies sur la côte Est du Cotentin.

       Pour la résistance manchoise, le secteur du pays de Saint-Lô revêt une importance particulière compte tenu de sa situation géographique et des précieuses sources de renseignements que sont, notamment, la préfecture et les services départementaux de la S N C F et de la Poste.

      Compte tenu de l’étendue de sa mission et des difficultés de circulation dues, en particulier, au manque de moyens de transport, le commandant Louis VILLIERS-MORIAMÉ dispose d’un petit état-major conduit par deux adjoints munis de délégations de pouvoir :

  • Alfred GLASTRE pour le pays de Saint-Lô, assisté de Jean ÉTIENNE et René WILHELM,
  • Adolphe FRANCK pour le centre et le sud de la Manche, accompagné d’André LEGRAVRAND et de Maurice HEBERT.

      Une boîte aux lettres centrale, hébergée par la famille GLASTRE dans son magasin de la place Sainte Croix et un bureau des opérations aériennes, organisé autour de Louis ENDELIN et de Pierre YVINEC, sont rattachés à cette équipe de direction.

III. La Résistance à la préfecture

Carrefour d’information exceptionnel où se croisent les directives en provenance du gouvernement du maréchal PÉTAIN et les demandes des autorités d’occupation représentées localement par la Kommandantur 722, installée au 11 rue Dame Denise à l’angle de la rue de la Poterie, la préfecture intéresse les services de renseignement et de contre-espionnage de la résistance départementale.

      Charles AGNES, chef du groupe Centurie de la Préfecture, organise son service « renseignement » en s’appuyant sur des agents bien placés pour recueillir les informations fournies par les interprètes, tous résistants, détachés près du corps préfectoral. Pour la plupart, ce sont des enseignants, alsaciens-lorrains d’origine, professeurs d’allemand, comme Adolphe FRANCK, René WILHELM ou René UNTEREINER.

     La responsabilité du « contre-espionnage » revient de droit à Jean DURIAU, chef du service du contrôle des prix, qui a la particularité d’être un membre des services spéciaux de l’Armée française d’armistice, « camouflé » au sein de l’administration préfectorale.

      Sa mission consiste à identifier toutes les personnes qui pourraient s’opposer aux actions des agents chargés de la collecte des renseignements. Il a, par ailleurs, l’obligation de définir leur degré de dangerosité et, si nécessaire, proposer à son chef leur élimination physique par une équipe de l’action-armée.

     Toutes les activités de Jean DURIAU, entre 1942 et 1944, sont couvertes par le préfet Henri FAUGÈRE très attaché à la personne du maréchal PÉTAIN mais opposé aux exigences allemandes dans tous les domaines. En poste depuis mai 1942, son attitude provoque son arrestation le 14 mai 1944 et sa déportation en Allemagne jusqu’au 8 mai 1945.

      Dans ce contexte, de nombreuses demandes allemandes en main d’œuvre, marchandises et réquisitions seront réduites ou différées.

      Le contre-espionnage identifiera les collaborateurs et leurs sympathisants et des dossiers seront établis, à leur encontre, avant la libération, afin qu’ils soient déférés devant la commission départementale d’épuration où siègera Jean DURIAU.

      Le « sabotage administratif » fait partie des activités de la Résistance au sein de la préfecture. Il se manifeste en prolongeant les délais de traitement des demandes allemandes tout en informant à temps leurs futures victimes. C’est en particulier le cas lors des appels à la main d’œuvre dans le cadre du Service du Travail Obligatoire.

      L’établissement de faux papiers d’identité avec vols de cachets et de timbres est un sabotage administratif courant et assez étendu à partir de 1942.

IV. La Résistance chez les cheminots

Lorsque la guerre est déclarée, la SNCF, nouvellement créée, et ses 500000 cheminots et cheminotes, bénéficient d’une image prestigieuse pour la qualité des prestations, avec des trains « toujours à l’heure ».

      Avec une mobilisation totale exigeant le rappel de 40000 retraités et un travail hebdomadaire porté à 54 h l’entreprise va répondre avec brio aux besoins des armées et de la population y compris pendant la période la plus difficile de juin 1940.

      Après le 25 juin 1940, l’examen des clauses de la convention d’armistice provoque une certaine émotion chez les cheminots qui ne peuvent refuser leur collaboration technique aux autorités d’occupation, tout en acceptant de se placer sous le contrôle de cheminots allemands dans les régions de la zone occupée comme la Normandie.

      Cette contrainte va se heurter très vite à la mission de répondre aux besoins essentiels des Français en moyens de transport des populations et des marchandises principalement dans le domaine alimentaire.

      Dès 1940, le carburant est rationné et le train est le seul moyen de se déplacer avec le cheval et la bicyclette.

      L’économie française dépend du trafic ferroviaire. De 1942 à 1944, beaucoup de citadins, qui comptent sur les colis familiaux ou agricoles, seront victimes du manque de trains disponibles, la priorité étant accordée aux demandes de transports de l’occupant pour ses troupes, son matériel, ses marchandises, ses matières premières, mais aussi pour les victimes de sa répression, en particulier les juifs, les communistes et les résistants.

     Dès le début de l’année 1941, la « corporation cheminote » rejette cette situation compliquée et découvre que le train peut devenir une arme redoutable.

     Toute initiative individuelle de résistance est condamnée compte tenu de l’interdépendance des fonctions occupées par les agents roulants ou non roulants unis par une très forte solidarité.

      La flamme de la Résistance s’allume et s’étend progressivement à des actions comme la rédaction et la diffusion très large de tracts et de journaux clandestins et l’aide à des prisonniers évadés cherchant à rejoindre la zone non-occupée du territoire national.

      L’invasion de l’URSS par les armées allemandes, le 22 juin 1941, provoque un électrochoc dans la profession par l’appel du Parti communiste clandestin à déclencher l’action armée immédiate contre l’occupant afin de créer une insécurité permanente sur ses arrières et freiner le transfert de ses troupes vers le nouveau front.

     Conscients de cette menace, les Allemands annoncent toutes les représailles possibles comme les prises d’otage, le gardiennage des voies ferrées ou le recours à des « boucliers humains » placés dans des wagons en tête des trains afin de dissuader les résistants de provoquer des déraillements.

      La déportation d’otages communistes, juifs et cheminots, dont huit du dépôt de Mézidon, consécutive aux deux déraillements de trains de permissionnaires à Airan, sur la ligne Maastricht-Cherbourg, au printemps de 1942, marquera les esprits et invitera la Résistance à revoir ses méthodes d’action.

      Les cheminots développeront alors, comme parade, la « résistance insaisissable » consistant à provoquer des pannes de matériel par l’usure accélérée de certaines pièces, des séquences de travail au ralenti, des changements de dernière minute dans l’étiquetage des wagons et le déclenchement d’  incendies déguisés en accidents.

      L’année 1942 est marquée par l’organisation de la Résistance en particulier à la SNCF, sous l’impulsion de ses cadres, très sollicités par les mouvements et réseaux, qui se structurent aussi bien en zone non-occupée qu’en zone occupée.

      Cette résistance cheminote, qui a pour chef Louis ARMAND, ingénieur en chef à la direction centrale de la SNCF, se met à la disposition des services secrets de la France libre. Il est décidé que les cheminots participent largement à la collecte et au transport du renseignement, les services de renseignement de la France libre se réservant son traitement basé sur l’analyse de sa valeur et de son degré d’urgence. Dans la Manche, les résistants cheminots rejoignent le réseau Centurie dès l’automne.

      La collecte et l’acheminement du renseignement par des agents formés ne cessent de gagner en efficacité au cours de l’année 1943. A Londres, le BCRA reçoit, presque quotidiennement, l’état des mouvements des grandes unités allemandes en Normandie et tout particulièrement dans le département de la Manche.

      A titre indicatif, une grande unité comme une division d’infanterie de 14000 hommes réclame 60 trains pour se déplacer entre la France et l’Allemagne ou entre la Normandie et le Front de l’Est.

      Il est à noter qu’entre 1942 et le 6 juin 1944, grâce à la formation reçue et à une discipline librement consentie, aucun agent de renseignement ou de liaison n’a fait l’objet d’une interpellation par la police française ou la Gestapo.

      L’organisation de la résistance armée des cheminots va s’accélérer à partir du printemps de 1943 en recrutant des chefs d’équipe capables de mener des actions de sabotage destinées à entraver l’arrivée des renforts allemands indispensables pour repousser un débarquement allié.

Une préparation minutieuse de ces équipes est nécessaire pour qu’elles deviennent rapidement opérationnelles.

Elle consiste à :

  • établir des plans de destructions transmis, pour validation, à l’Etat-Major régional afin de justifier les demandes de moyens en armement et explosifs ;
  • faire l’inventaire des besoins de toutes natures y compris logistiques ;
  • organiser des formations avec le soutien des bureaux de l’état-major régional ;
  • organiser des reconnaissances de sites et des exercices.

      Afin de concilier l’efficacité dans l’action armée et le rétablissement rapide des communications après la libération du territoire, Louis ARMAND propose au commandement allié de valider des plans de sabotage portant sur les voies ferrées, les dépôts et les ateliers. Il n’obtiendra aucune réponse. Par voie de conséquence, les plans qui seront exécutés, en 1944, au moment du Débarquement, seront établis en fonction des moyens disponibles.

V. La Résistance chez les postiers

      Toujours en recherchant l’efficacité dans la collecte du renseignement et la sécurité dans sa transmission vers l’antenne parisienne du BCRA, celui-ci obtient un accord de rigoureuse collaboration avec les fondateurs du réseau Action-PTT, Ernest PRUVOST et son adjointe Simone MICHEL-LEVY, arrêtée, déportée en 1944, puis exécutée sommairement. Ces derniers ont créé une organisation s’apparentant à un véritable service postal clandestin réservé à la Résistance dans l’ouest et notamment en Normandie.

      Le rapprochement entre les agents du réseau Centurie et les postiers devient opérationnel à l’issue d’une rencontre organisée à Caen entre Henri LÉVEILLÉ, chef régional d’action-PTT, Marcel RICHER, chef du groupe des postiers de Saint Lô et Adolphe FRANCK, adjoint du Commandant VILLIERS-MORIAMÉ, chef du secteur « Pays de Saint-Lô ».

      Au cours du mois de février de 1944, à la suite d’un accord entre le BCRA et le SOE britannique représenté en Basse-Normandie par Jean-Renaud DANDICOLLLE, un parachutage d’armement est programmé au profit du réseau Centurie. Celui-ci doit alors se doter d’un Bureau des Opérations Aériennes ( B O A ), rattaché au secteur, et destiné, sous l’autorité de Louis ENDELIN et de Pierre YVINEC, à repérer des terrains de parachutage, constituer des équipes de réception et de transport de l’armement perçu.

La première livraison est réceptionné le 10 mai 1944 à Sainte-Marie-d’Outre-l’Eau par les résistants d’action-PTT renforcés par ceux du groupe Centurie de Villebaudon.

      Trois tonnes d’armement comprenant fusils-mitrailleurs, pistolets-mitrailleurs, mines, munitions diverses et explosifs vont être réparties entre les secteurs résistants. Très insuffisante au regard des besoins, cette opération ne pourra être renouvelée, comme prévu, compte tenu de l’imminence du Débarquement.

VI. La mobilisation des équipes « Action-Armée » des groupes de résistants dès l’annonce du Débarquement

Cette mobilisation est effective et efficace malgré :

  • les arrestations opérées par la Gestapo en mars 1944 qui décapitent, notamment les groupes de Torigny-Guilberville et Saint-Lô ;
  • les bombardements massifs, dès le 6 juin, des villes de Saint-Lô, Coutances et Périers qui dispersent les populations et les résistants dans les campagnes environnantes ;
  • le manque cruel d’explosifs.

En dépit de cette situation, les plans prévus, par le commandement allié sont exécutés :

  • pour le « Plan vert », sous l’autorité de Charles Bonnel, les voies ferrées entre Saint-Lô et Coutances, entre Saint-Lô et Torigni, ainsi qu’entre Saint-Lô et Lison sont coupées dès le 6 juin,
  • sur les routes, au titre du « Plan Tortue », des crève-pneu sont posés sur les grands axes et des arbres abattus en travers des routes et ces opérations seront complétées par l’enlèvement ou l’inversion des poteaux indicateurs,
  • l’application du « Plan violet » portant sur les coupures des télécommunications sera particulièrement réussie, les postiers d’Action-PTT de Saint-Lô ayant pu éviter les bombardements. Les centraux téléphonique et télégraphique sont sabotés et les lignes aériennes coupées sur l’ensemble du secteur. Quant aux lignes souterraines, elles sont sectionnées par une équipe dirigée par Ernest PRUVOST et A. GODEMER entre Saint-Lô et les villes de Granville, Falaise et Le Mans, sous la protection d’une équipe armée comprenant Berthe LEBLOND née LHARDY, Jacques ALBERTINI et André LEBREC. Traitée par une équipe commandée par Marcel RICHER, la ligne souterraine reliant Jersey à Saint-Lô est coupée dans les environs d’Hébécrevon.

A l’issue de ces sabotages, René CROUZEAU, chef du service « Action-PTT », va tenter d’installer son groupe en maquis dans les bois de Villebaudon-Beaucoudray. Surpris par l’ennemi, le 14 juin 1944, après une brève escarmouche tuant deux ( 2 ) Allemands, Il est capturé avec 10 de ses hommes, exécutés sommairement avec lui, au matin du 15 juin 1944.

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